Zéna ZALZAL | 29/05/2013

Exprealisme IIIosition « Lorsque je me suis installé à Awkar, il n’y avait que 11 maisons au milieu de 100 000 arbres. Aujourd’hui, il ne reste plus que 11 pins cernés par 100 000 constructions », aime à répéter Agopian.
Un triste retournement de situation qui a inspiré à l’artiste des toiles allégoriques et
singulières.
Ses légendaires «Grenades», symbole arménien par excellence, ont cédé la place à des troncs d’arbres. Dans «Il était un jardin», sa toute dernière cuvée d’œuvres, qu’il présente jusqu’au 5 juin à la galerie Hamazkayin*, le peintre libano-arménien Agopian s’attaque, cette fois, au pin méditerranéen. Un arbre dont il déplore la disparition croissante du paysage libanais et qu’il érige, dans ses acryliques sur toile, en symbole de la «perte des racines» dont sont victimes, selon lui, nos compatriotes. «Un peuple qui, à force de divisions et de déchirures, n’a plus de racines communes», dit-il.
Pour exprimer cette perte de repères civilisationnels, qui se traduit également par la dégradation de la nature, l’artiste reproduit d’un pinceau hyperréaliste, mâtiné d’un soupçon surréaliste, des troncs de pins parasols, aux écorces épaisses et aux racines déterrées par les éboulis d’un sol friable… Allégorie picturale d’une situation instable et dégradée, ces arbres, toujours solitaires, que l’artiste place en avant-plans de panoramas déserts ou alors noyés dans un brouillard à travers lequel semblent émerger au loin de chétives pinèdes, distillent un lyrisme étrange. Comme une mélancolie crue, paradoxe absolu pour exprimer ce regard à la fois nostalgique et sans illusions, qui ne cherche pas à embellir la réalité mais reste imprégné d’émotion, que porte l’artiste sur une société divisée, où l’individualisme érigé en maître aboutit à la totale désolation des êtres comme des paysages et des lieux. «Il faut des générations pour construire et renforcer un sentiment national. Des générations pour en protéger le cœur par un tronc aux écorces épaisses…», semblent dire ces variations sur un même thème, traitées d’un pinceau d’une minutieuse précision dans des tableaux aux divers formats, allant du 50 x 70 cm au 200 x 100 cm.